Chers amis nonos et nounounes,
j’évoquais hier une amie qui me surnommait Neige. Elle ajoutait même que sa Neige était givrée. C’est vous dire si elle était lucide affectueuse. D’ailleurs, ça me rappelle un truc : un jour, (quand j’étais encore jeune et belle) je lisais un ouvrage dont le titre vous dira sans doute quelque chose : les Kâma Soutrâ.
Les Kâma Soutrâ, tout le monde le sait, sont une œuvre à vocation éducative.

Sauf que d’après l’auteur, les femmes n‘ont pas à les étudier (faut dire qu‘elles ont déjà fort à faire avec l’apprentissage des soixante quatre arts qui feront d’elles d’exemplaires épouses - et je vous cite au hasard et dans le désordre : la calligraphie, la numismatique, les tours de magie et la stratégie militaire).
J’avais décidé ce jour là de tester un morceau de Kâma Soutrâ. J‘en avais donc pris un au hasard :
"Il existe quatre étreintes de l’union sexuelle : la première, l‘enlacement de la liane, consiste pour une femme à étreindre l’homme ainsi qu’une liane s’enroule autour d’un shâl, à approcher sa bouche de la sienne pour lui donner un baiser en prononçant le petit son "sît" et à l’embrasser en le regardant amoureusement."
Je m’étais donc mise en position : debout, les pieds fermement posés sur le sol, écartés à la hauteur des hanches. J’avais placé mes mains l’une contre l’autre dans la position de prière, les pouces touchant mon sternum au milieu de ma divine poitrine.
Après quoi j’avais puraka (inspiré), ensuite antar-kumbhaka (retenu ma respiration), puis recaka (expiré) et enfin bahya-kumbhaka (re-retenu ma respiration).
Pff, allez vous dire, ça se voit que c’est pas des trucs de chez nous !
Que je vous explique : le diaphragme ressemble comme qui dirait à un couvercle sous lequel on emmagasine les émotions. Bilan : au lieu d’être super cool pour faire des papouilles à notre homme, si on purakait pas on se contracterait et on racrapoterait.
Ce qui serait navrant, vous en conviendrez.
Donc cette respiration aide à restaurer la souplesse du diaphragme et supprime les obstacles à la circulation de l’énergie.

C’est cette force vitale circulant enfin qui permet qu’en plein ananda on puisse s’écrier :
encore encore encoooooooooreeeeee !!

ouiiiiiiiiiiiiiiiii!!!!
Heu.
Pardon.
Je voulais dire, c’est cette énergie vitale qui permet de s’écrier : sîîît !! et même, dans certains cas extrêmes : Doïïïïng Doïïïïng Doïïïïng Doïïïïng !!

C’est marrant comme jeu, isn’t it ?
Bien.
Poursuivons.
"..la femme pose un pied sur les pieds de son amant, le deuxième sur une de ses cuisses, enroule les deux bras, l’un dans son dos, l’autre autour de ses épaules, se penche en roucoulant et murmure le son " sît" comme si elle désirait grimper à lui pour recevoir un baiser."
Alors là, je vous l’avoue sans détour, une question m’avait taraudée :

doit-on aller jusqu’à roucouler ?
Après tout, nous le savons de source sûre, rien ne s’arrête. Chaque moment est unique, avec ou sans roucoulement. Notre mental est en fluctuation continuelle (je ne rentrerai pas aujourd’hui dans le détail de la fluctuation continuelle du mental des nounounes, voire des nounounes en manque (N.E.M.) qui est une situation bien spécifique).
Donc, qu’avions nous en ce merveilleux jour de testage de Kâma Sûtra ?
une femme debout (moi), les mains jointes, les pieds écartés, les paupières délicieusement baissées, les émotions relâchées, ce qui permettait à cette femme de se laisser aller à émettre quelques soupirs d’anticipation, suscitant aussitôt chez son homme qui venait de rentrer de sa dure journée de labeur, le même à qui elle prévoyait de faire des papouilles qui ne figuraient même pas encore dans les Kâma Sûtra parce qu‘elle avait bien l‘intention de les inaugurer, oui cet homme donc, attiré par des Doïïïïng Doïïïïng Doïïïïng Doïïïïng !! extrêmement prometteurs, son hooooooomme, son chou à la crème - chou à la crème étant utilisé ici de manière représentative toute relative puisque n’ayant que peu de rapport avec la réalité (quoique même la réalité soit relative puisque tout l’est) (purée, toulèèèèèèèèèè, alors là je suis définitivement perdue ! où est le début de la phrase ??) enfin bref, le cher chou, comme saisi d’une mini-attaque, était resté accroché à la poignée de la porte, les yeux écarquillés et la bouche itou.
Sans pouvoir bouger.
De stupeur.
Que dis-je, de stupeur :

d’émerveillement.
L’espace d’une seconde, il m’avait semblé lire dans ses yeux ..
Elle. Est. Complètement.
Givrée.