Histoire d'un sein (2e épisode)
Mercredi 9 juillet 2008 (veille de mon anniv)
Aujourd’hui je vais chercher les résultats de la biopsie. J’ai mis une bouteille d’eau dans le frigo (je vous rappelle que je ne bois pas d‘alcool) : si c‘est bon je fais la fête, si c‘est mauvais je noie mon chagrin.
Dans les deux cas faut que la bouteille soit au frais.
Salle d’attente. Pensées toxiques. Allons, pas de panique. Reviens à ton centre. Ici et maintenant. Rappelle toi, tous les trucs de ZPLN. C’est le moment ou jamais de mettre en application.
Ici ! au pied les pensées ! Je suis ce que je suis aujourd’hui.
(Deux heures plus tard ...)
Me voilà devant la sénologue.
(elle) la biopsie n’a rien montré de malin.
(moi) yeeeeeeeeeeeepeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee !
(elle, souriante comme une porte de prison) va falloir passer à l’IRM maintenant.
(moi) ben pourquoi ?
(elle) ya une masse et je ne sais pas ce que c’est.
(moi) ah bah oui mais ça va pas être possible, là.
(elle) moi j’ai fait tout ce que j’ai pu. Ça fait 28 euros.
Durée de la consulte : 3 minutes.
Jeudi 10 juillet
Les endroits où on fait des IRM mammaires, ça court pas les rues. C’est pas la peine d’habiter si près de Paris, j'vous le dis !
Je trouve un radiologue qui n’est pas parti en vacances, mais il n’est disponible pour regarder les clichés que le 22 juillet.
Encore un mauvais pressentiment, parce que le 22 juillet, c’est l’anniv de mon ex. Bon, c’est stupide !! ça ne peut pas me porter malchance, puisque c’est grâce à mon ex que j’ai deux filles merveilleuses. On va quand même pas chipoter parce qu’il m’a bouzillée l’existence pendant dix ans !!
Allez zou ! Le 22 juillet , le radiologue va me dire que la masse a disparu.
Ça va être un grand jour, je l'sens.
Jeudi 17 juillet
Par les transports en commun ce n’est pas facile de se rendre à l’hôpital où on fait les IRM. Ya des trains que toutes les heures, avec un changement au beau milieu du trajet (avec attente d‘½ heure) et l’hôpital est loin de la gare. Bon c’est pas que je sois paresseuse à marcher, mais allez savoir pourquoi, je me laisse aller à m’inquiéter un peu. Je ne suis qu’une faible femme, ne l’oublions pas.
Bref, je demande à Macho Man de prendre une matinée pour m’accompagner (je sais qu’il peut le faire facilement, il a un chef vraiment cool, compréhensif, compatissant, un chef comme on en voudrait tous, et je le sais d’autant plus que mon joint vient de se prendre une journée pour un rendez vous qu’il avait, LUI)
Pas de bol : Macho Man refuse. Il prétend qu’il peut pas.
Mardi 22 juillet
Je fais donc appel à ma taxi. (Mais non, Diaaaaaane ! En Frince, on appelle pas les taxis "ma taxi" ! C’est juste que mon taxi est une taxi, et qu’en +, c’est ma côôôpine, une fois je lui racontais que lorsque je suis avec ma sœur on se tape des crises de fou rire épouvantables, et joignant le rire à l’explication, me voilà partie à rire, mais à rire ! et ma taxi qui se met à rire à son tour à gorge déployée, sauf que elle, elle était en train de conduire !!! Et puis vraiment elle est sympa. Moi je l’èèèèème.)
Tout ça pour dire : j’y vais avec ma taxi.
J’entre dans l’hôpital. Je demande à l’accueil où ça se passe, les IRM.
Surprise : à l’accueil, la dame est accueillante !
Elle m’indique le chemin.
Centre de radiologie : là aussi, la dame de l’accueil est souriante. A mon avis, ya pas que les malades qu’on shoote, ici. Je sens que je vais m’y plaire (ceci dit, l’un dans l’autre, c’est pas plus mal, rapport au pressentiment ..)
Ah. Voilà le grand manitou.
Il observe, il observe.
Suspense.
(Ouais, c’est sûr, le machin n’est plus là. Je croise les doigts, j’implore Dieu, Jésus, Bouddha, et quelques autres divinités pour faire bonne mesure.Grand Manitou me sourit. C’est bon signe ça, non ?)
(Grand Manitou) bon. C’est OK !
(moi) quoi qui est OK ?
(Grand Manitou) on la fait, cette IRM
Quel rabat joie celui là.
Je ne sais pas si je vais le garder dans mes relations.
(Oui parce que pour ceux qui savent pas encore, je suis claustrophobe. De chez claustro. C’est de famille. Ma sœur aussi. On préfère se taper 17 étages que monter dans un ascenceur) (fin de la parenthèse)
La secrétaire, justement :
Êtes vous claustrophobe ?
(moi) absolument ! Alors je veux qu’on m’endorme ! Je veux qu’on m’endooooooooorme !!!!
(elle, toujours aussi souriante) (penser à lui amener des bonbons la prochaine fois, pour sa gentillesse) désolée mais on ne peut pas vous endormir. Par contre vous pouvez vous faire accompagner.
(moi) ah ? quelqu’un peut rentrer avec moi dans la petite pièce ?
(elle) oui, je vais vous donner deux questionnaires, un pour vous et un pour la personne accompagnante.
Mardi 22 juillet, le soir
La nounoune (moi), qui est conne, qui n’a toujours rien compris demande à son joint s’il peut prendre une journée pour l’accompagner la semaine prochaine. Après tout, on se marie pour le meilleur et pour le pire. Le truc, c’est que lui il a dû imprimer que la première partie(et à sens unique).
Donc, Macho Man : toujours non.
Moi (faisant des grands gestes avec mes bras et mes jambes) moi j’ai toujours été là pour toi, j’ai partagé tout ton pire ! Et toi tu ne partages que mon meilleur !!!!!!
Macho Man : arrêtes ton cinéma, tu es complètement folle, c’est ton père qui t’a traumatisée.
Fin du dialogue. Il a épuisé toutes ses batteries pour un mois (comme dirait notre fils)
Bonjour le soutien. Diane dit que le soutien c’est comme la cerise sur le sundae. Bon, ben j’ai pas de cerise et pas de gâteau non plus. On va faire avec.
Allez, haut les cœurs.
Je rappelle ma taxi.
(elle) Bien sûr que je vais vous accompagner.
(moi) et rentrer dans l’hôpital avec moi ?
(elle) mais bien sûr, j’ai bien vu ce matin au retour que vous étiez angoissée
(moi) et, heu.. rentrer dans la petite pièce d’IRM ?
(elle) mais oui. Mais oui. Bien sûr que je ferai ça pour vous.
Ah purée ! Ma taxi m‘èèèèèèèème !
Comme dit ma sœur quand je lui ai raconté ça, "eh bien elle est drôlement sympa ta taxiwoman !! En fait non, elle est normale, c’est-à-dire HUMAINE !! Ce qui est triste c’est que tout le monde devrait agir ainsi mais que quand ça arrive, on trouve ça extraordinaire .. Ya vraiment plus beaucoup d’humanité dans ce monde .."
Samedi 26 juillet
Coup de fil à Diane du Québec :
(Diane) oh Nadèèèèèèèèèège, ya deux jours j’ai pensé à toi !
(moi, émue) ah ?
(Diane) oui figures toi que je suis allée manger une crêpe !
(moi) ah ? Tu penses à moi quand tu vois une crêpe ?
Sympa, les copines.
(à suivre)












