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le blog de Ambreneige
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amour
21 avril 2013

Une telle liberté

coeurs

 

Quand on s’intéresse à la généalogie depuis longtemps, au bout d’un moment on ne peut que remarquer les concordances de dates que l’on retrouve régulièrement. Par exemple, si vous faites un grand tableau de votre ascendance maternelle et paternelle, mentionnant sous les noms les dates de naissance, mariage, décès, et même d’autres événements, vous remarquez vite que d’une famille à l’autre reviennent des dates similaires, comme des fils invisibles reliant les familles entre elles (par exemple, mon père est mort le jour de naissance du père de ma mère, et des dates comme ça, il y en a plein).

Or donc, de la même manière que le 12 février, jour du mariage de mes parents et de tous les ascendants de mon père sur quatre générations (sacré hasard pas vrai ?), mais aussi, tant qu’à faire, jour de naissance du fils de ma sœur ! eh bien le 18 avril est "une date" pour moi. Une date "lourde". En fait je la zappe la plupart du temps, mais ayant en ce moment divers soucis je suis quand même allée vérifier, et c’est bien ça : c’est un 18 avril que mon divorce a été prononcé.

Tournant les pages de mon livret de famille je lis : "Les époux se doivent mutuellement fidélité". Tout soudain je m’arrête sur cette phrase : "Les époux se doivent mutuellement fidélité".

Pourtant, de nos jours, on dirait vraiment que cette chose est complètement obsolète. Autour de moi, je n’entends et ne vois que des comportements tendant à faire croire que même mariés, on peut aller avec d’autres partenaires en toute liberté. Peut-être que les obligations des mariés ont changé et que je ne suis pas au courant ?

Attention : je ne porte pas de jugement. Je n’en ai même strictement rien à faire, si les époux se sont infidèles. Les gens font ce qu’ils veulent, là n’est pas la question. Non, la question que je me pose est la suivante : un jour, alors qu’on est adulte et responsable de ses actes, on se marie. Selon la loi française, on s’engage à être fidèle. C’est comme ça, c’est marqué sur le livret de famille, en tout cas c’était marqué quand je me suis mariée. C'est écrit nulle part que le mariage est un menu dans lequel on peut choisir que ce qui nous arrange.

Alors comment ça se fait que de nos jours souffle ce vent de folie qui fait que cette petite phrase minuscule est complètement jetée aux oubliettes, comme si elle n’existait pas, et que tant de gens fassent comme s’ils ne s’étaient jamais engagés à rester fidèle à leur compagne/compagnon ? je sais que l’infidélité a toujours existé, là n’est pas la question, mais de nos jours, on s’en cache de moins en moins. On parle même de "liberté". Est-ce une telle liberté de faire du mal à celui ou celle qu’on est censé aimer ? car qui dit infidélité dit souffrance, non ?

Avec le père de mes filles, j’y avais été confrontée maintes fois. J’étais à cette époque-là d’une naïveté affligeante (je repense à toutes les occasions où j’aurais pu, moi aussi ... mais que je ne l’ai pas fait pour honorer ma promesse de fidélité, justement). Purée, on peut dire qu’il m’en a fait voir ! il plaisait aux femmes, il avait non seulement un côté petit garçon extrêmement tendre qui séduit toujours (dit autrement il était complètement immature), mais aussi, pour reprendre une expression à la mode, "une part féminine" exacerbée. Bref. Toujours entouré d’un harem ! J’en ai pris plein la tronche, c’est un doux euphémisme, mais le pire du pire c’est que je ne me défendais pas. Soumise jusqu’au bout des ongles.

Et le pire du pire du pire, c’est que lorsqu’on s’est séparés et que je me suis retrouvée seule, je me suis empressée de me jeter sur des hommes mariés !!! pourtant, j’en rencontrais des gentils, des disponibles.. ben non. Je le voulais marié ! Pourquoi ??? Pourquoi ai-je fait à d’autres femmes le mal que j’avais enduré ?? Comment même ai-je pu le faire ??

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5 avril 2013

Une larme posée sur la joue du Temps

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Dimanche dernier je suis allée me balader dans le quartier hindou de Paris. Je sais, c’était le jour de Pâques .. ben je fête Pâques comme je veux, na !

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C’est drôle comme certaines images, certains objets vous rappellent des choses qu’on croyait totalement oubliées ! en l’occurrence, toute ma jeunesse de bab !

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Le Taj Mahâl .. ah, le Taj Mahâl !!

 

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Admirable, éblouissant, merveilleux, sublime, depuis des siècles poètes et voyageurs se répandent en louanges sur cette lumineuse perle de l’Inde dont la silhouette constitue l’emblème du pays. Le Taj Mahâl, l’édifice le plus beau, le plus romantique et le plus photographié du monde, reste le plus parfait jamais construit par l’Homme. A n’importe quelle heure du jour, à n’importe quelle époque de l’année, sa beauté est indescriptible. Mais bien plus qu’un magnifique mausolée de marbre blanc, le Taj Mahâl est un tragique chant d’amour.

Ce chant commence comme un conte de fée un beau jour de 1608 lorsqu’au cours d’une fête au bazar royal, le prince Khurram, futur empereur Moghol (<<<CLIQUER) de 16 ans, rencontre la jeune princesse Arjumand Banu Begam qui n’a que 15 ans. C’est un jour où les aristocrates du harem vont faire des emplettes, se mettant à la recherche de parfums, d’onguents et de soieries. Habituellement, les hommes n’ont pas le droit de venir dans le marché de Meena, c’est strictement interdit. S’ils se faisaient prendre, un bourreau leur trancherait les mains mais aussi les pieds. Mais certains jours exceptionnels comme ce jour-là, le marché de Meena ouvre ses portes à tout le monde, qu’on soit humble ou seigneur. Les courtisanes ordinairement très discrètes interpellent bruyamment les passants, la musique et les danses sont partout. De jeunes aristocrates font des joutes oratoires, celui qui trouvera la meilleure rime ou aura la meilleure répartie pour attirer l’attention des jeunes filles sera le grand gagnant. Le prince Khurram fait partie de ces derniers. En plus d’être très beau, il est promis à un grand avenir, puisqu’en tant que fils de Jahangir il deviendra le cinquième empereur Moghol sous le nom de Shah Jahan. En plus de ça il est talentueux, poète, courageux et bon guerrier. Bref. Un prince .. charmant !

Or, en ce jour de fête, voilà que soudain il tombe en arrêt devant la beauté de ce qui lui apparaît sous les yeux : la princesse Arjumand. Suspense. Y aura-t-il coup de foudre ?

Il y a.

 aishwarya-taj-mahal

Si bien qu’aussitôt Khurram demande à son père l’autorisation de l’épouser (Arjumand, pas son père). Las ! l’empereur a d’autres vues pour son fils et lui donne une épouse perse. Heureusement, dans sa grande mansuétude Allah a fait que la culture moghole est polygame ce qui veut dire que tous les espoirs restent permis. Au bout de cinq ans, cinq longues années à rêver de sa belle sans pouvoir la toucher, Khurram obtient enfin l’autorisation des astrologues du palais d’épouser la jeune fille. Elle devient sa troisième épouse, et pour que ce soit bien clair pour tout le monde qu’elle est sa chouchoute, Arjumand s’appellera dorénavant Mumtaz Mahal, "la préférée du palais".

Dès lors les jeunes époux deviennent inséparables, tout empressés qu’ils sont de se prouver leur amour, tant et si bien qu’ils se retrouvent avec une ribambelle d’enfants.

Le 4 février 1628, Khurram accède au trône Moghol et s’attribue le nom de Shah Jahan, signifiant littéralement : Roi du Monde (rôle repris avec brio par Leonardo di Caprio). Dans la foulée il réalise que le royaume a de gros, de très gros soucis, son père Jahangir s’étant essentiellement préoccupé de ses propres plaisirs au lieu de se soucier de son peuple (c’est pas une chose qui serait arrivée avec nos Rois de France, ça non !!!). Bref, Shah Jahan se retrouve avec un triste héritage. Il se console en allant faire des câlins à Mumtaz, si bien que lors de la campagne qu’il mène en 1630 contre le dissident Khan Jahal Lodi, la reine est enceinte jusqu’aux yeux de leur quatorzième enfant ..

Si bien qu’il est en pleine bataille lorsqu’un messager vient lui annoncer la naissance du bébé, c’est une petite fille, en bonne santé ! Mais concernant sa chère et tendre, rien.. jusqu’au soir où d’autres messagers sont envoyés pour lui apprendre que Mumtaz Mahal est au plus mal et le réclame. Il se précipite à son chevet et ne la quitte plus jusqu’au moment où elle ferme les yeux pour l’éternité.

Fou de chagrin, le veuf s’enferme huit jours dans ses chambres, ne faisant aucune apparition publique. Lorsqu’il en ressort, sa barbe et ses cheveux ont blanchi. L’affliction plonge Jahan et son empire dans un deuil tel que toutes les festivités sont annulées dans le royaume et toute musique proscrite.

C’est alors que lui vient l’idée d’immortaliser son amour dans une fondation gigantesque qui accueillera la dépouille de sa bien-aimée. Il convoque l’architecte perse le plus célèbre, Usad Ahmad de Lahore, et pour le mettre « en condition », il fait assassiner sa femme. Ben oui, il veut qu’Usad ressente ce que ça fait de perdre l’être qu’on aime le plus au monde et qu’ainsi il soit en capacité de projeter sa douleur dans la construction de l’édifice.

Immense est la peine, sublime est le chef-d’œuvre.

Etonnant mariage de la culture perse et de la culture indienne, la conception du Taj Mahâl reflète un art nouveau, de style indo-islamique. La blancheur éblouissante du marbre représente l’amour intarissable et pur pour la douce princesse. La conception du jardin, basée sur des structures géométriques, elle, est typiquement perse. Du reste, les oiseaux qui se disputent les branches des arbres fruitiers ou des arbres à fleurs viennent de Perse ! La fleur, reproduite à l’infini sur le marbre, symbolise dans la culture islamique le paradis et cet ornement est présent sur toutes les marquetteries. Au centre des jardins, le mausolée trône sur une plate-forme de grès rouge. Le jardin charbah est aussi l’exemple le plus probant car chez les Musulmans, le chiffre quatre est le chiffre le plus saint, et la plupart des agencements sont conçus sur des multiples de quatre. Ainsi, à l’intérieur trouve-t-on deux sections de huit pièces octogonales entourant une pièce principale, octogonale elle aussi, où repose le corps de la souveraine. L’influence islamique se ressent également dans les arcs en ogive, dans la décoration, et surtout se révèle par les inscriptions calligraphiques que l’on retrouve sur le bâtiment principal et tout autour de la tombe de la souveraine, avec le nom d’Allah. Ce tombeau de soie est entouré de quatre minarets tournés vers l’extérieur. Au cas où des tremblements de terre surgiraient, la tour s’écroulerait à l’opposé de l’emplacement du tombeau. Les sujets peints qui s’étalent à l’infini sur le marbre blanc sont des motifs floraux, saluant et honorant la beauté de la reine immortelle. L’élévation d’une mosquée, enfin, dénote la présence profonde de l’âme musulmane. Mais les kiosques sur les toits, eux, rélèvent de l’art hindou : ce sont eux qui détiennent le secret du savoir-faire pour ce qui concerne la sculpture de la pierre dure.

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Le palais est conçu avec de nombreux joyaux de différentes couleurs qui se reflètent tout le long du jour et de la nuit, symbolisant les changements d’humeur et la souplesse de Mumtaz Mahal : des couleurs roses à l’aube, éclatantes de lueurs blanches à midi, dorées au coucher du soleil et mystérieuses durant la nuit, éclairées par les astres.

 Taj-Mahal-Agra-India-1

Jahan a choisi de faire bâtir le Taj Mahâl dans Agra, de façon à pouvoir le voir depuis son palais personnel au fort d’Agra. Par ailleurs, il nourrit le projet de faire construire une réplique du Taj Mahâl en marbre noir juste en face de ce dernier, de l’autre côté de la rivière Yamuna, afin d’y être déposé à la fin de sa vie…

Mais ses rêves seront brisés par son fils Aurangzeb qui, pour prendre le pouvoir, fait enfermer son père jusqu’à sa mort dans la prison du fort rouge, lui laissant pour seule consolation de pouvoir admirer le Taj Mahâl, tombeau de sa bien-aimée, où il sera finalement enterré, lui aussi, auprès de l'unique amour de sa vie.

 

The-Taj-Mahal-at-Sunset-India

 

"Le Taj Mahâl s’élève,

semblable à une larme posée sur la joue du Temps."

 

Rabindranath Tagore

 

4 avril 2013

Cheveux de feu (Catherine)

Cath

 

Qui suis-je ????

Je n'en sais rien, je suis moi ! Moi, personne d'autre. Juste moi

Avec mes faiblesses et mes forces, les qualités de mes défauts et les défauts de mes qualités... Être complexe et hybride, pas tout à fait femme, pas tout à fait sorcière, un côté Amazone mais aimant un homme à la folie

Ma vie est un chemin sur lequel je suis le pellerin, toujours plus loin, un pied devant l'autre .... Quand certains jours, seulement la rage te fait tenir. Serrer les dents, encaisser, reculer pour mieux rebondir. Ployer mais ne pas se briser

Libre

oui libre

Pouvoir dire J'ai choisi mon destin, sans concessions.... car il n'est pire fers que ceux choisis librement : j'ai choisi d'aimer, de lier ma vie pour l'éternité à un homme. Et comme dans tout conte de fée, j'ai affronté le côté obscur, j'ai failli me détruire.

J'ai pris conscience de ma force

ma vie a pris un autre sens, une autre direction

libre

Louve pour ma famille

Dragon au tempérament volcanique, j'explose pour un rien, parce qu'il y a des riens qui fâchent

Je maîtrise tout, je ne maîtrise rien

Libre

17 mars 2013

Ce que femme veut

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En ce moment, je m’interroge beaucoup sur la pérennité des couples. Ceux qui durent, ceux qui ne durent pas, comment, pourquoi, est-ce mieux, moins bien ?

Je me rappelle lorsque je me suis mariée il y a bientôt trente-huit ans, pour moi c’était pour la vie. Ça ne me faisait pas peur, je ne trouvais pas ça indécent, je ne partageais pas toutes les réflexions épouvantables qu’on peut entendre au sujet du mariage même si, il faut bien le reconnaître, quelque chose dans notre tête change du tout au tout dès lors qu’on se marie. On se sent, comment dire : ancré. Protégé. Choisi, aussi. En tout cas au début. Ce n’est qu’après qu’on utilise des termes comme "enfermé", "piégé". Au début c’est très beau. Toutes les choses que l’on ressent sont très belles. C’est une miscellanée de douceurs.

Au bout de treize ans de vie commune nous avons décidé de nous séparer. Je trouve qu’on a eu beaucoup de chance d’avoir pu formuler le même désir au même moment. On en avait beaucoup parlé. Bon faut dire qu’avec lui on parlait beaucoup de tout. Enfin .. il parlait beaucoup de tout.

Nous étions très jeunes (31 ans). A aucun moment nous ne nous sommes déchirés, c’est ça le truc. C’est venu bien après, mais tout le temps qu’on a vécu ensemble, nous vivions dans une harmonie parfaite. Il faut dire que pour vivre en guerre avec moi il faut vraiment le vouloir. C’est pas pour dire, mais je suis une crème. Je hais le conflit. Enfin ce n’est même pas que je le hais, je ne le supporte pas, c’est viscéral. Et puis j’étais très docile, j’avais été très bien dressée par mon papa : quand l’homme parlait, je me taisais. Or j’avais un homme qui parlait tout le temps. Je n’étais sans doute pas "heureuse" tel qu’on conçoit aujourd’hui qu’une femme doit être heureuse dans son couple, mais j’étais heureuse grâce à un tas d’autres choses comme par exemple tout ce que cet homme extraordinairement ouvert m’a permis de découvrir, ou encore notre logement qui ne désemplissait jamais (dans ma famille quand on se marie on se range des voitures et basta – mes parents n’avaient pas d’amis), et puis une légèreté dans la manière d’accueillir la vie, une insouciance que malgré ma jeunesse je n’avais jamais connue, et pour cause, bosse, bosse, c’est tout ce qui compte dans la vie, on n’est pas là pour rigoler.

Le problème avec cette merveilleuse légèreté, c’est qu’elle est complètement incompatible avec le fait d’être parent. Quelques menus soucis avaient donc commencé à apparaître avec la naissance surtout de la deuxième. Ne plus pouvoir vivre d’amour et d’eau fraîche avait pris tout son sens. C’est pas grave, en plus des cours particuliers que je donnais déjà je me suis mise à faire des ménages, puis des extras dans un café comme serveuse et les marchés deux fois par semaine. Et roule ma poule. Le pire de tout c’est que je ne trouvais même pas ça choquant de faire bouillir la marmite pendant que mon mari "s’épanouissait" en manageant un groupe rock, activité qui engloutissait tout ce que je ramenais à la maison.

Mais bref. Juste pour dire que voilà, cette union vécue dans la légèreté s’est délitée dans la légèreté. Encore qu’elle aurait peut-être pu continuer longtemps comme ça, mais notre besoin sans cesse renouvelé de vivre quelque chose de fort nous a sauvés : quand on s’est aperçus qu’on s’ennuyait, on s’est dit : on arrête.

La séparation est restée virtuelle quelques mois, la grande précarité dans laquelle nous vivions – et par conséquent dans laquelle il m’a laissée avec les filles – ne permettant pas que l’un ou l’autre puisse déménager. Nous avions donc repris d’un commun accord notre liberté, liberté sur laquelle, entre parenthèses, il avait déjà de l’avance, mais ça non plus c’était pas grave, il sollicitait mes conseils pour draguer et je les lui donnais sans ombrage, c’est vous dire si l’ambiance était conviviale.

Puis un jour je me suis dit comme ça, ya pas de raison.. et moi alors ? Ca ne lui a pas plu. Il est retourné chez sa mère.

Du coup, mon père m’a fait la tête. Ben oui, il m'en a voulu quand j’ai décidé de me marier, et il m'en a voulu aussi quand j’ai décidé de divorcer. Chez nous on ne divorce pas. C’est vrai que c’était une croyance plutôt répandue. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, et c’est d’ailleurs une des questions que je me pose : ne divorce-t-on pas "trop facilement" ? Je ne parle évidemment pas des cas où il n’y a pas d’autre alternative que de prendre ses jambes à son cou. Mais d’une manière générale, ne pense-t-on pas aujourd’hui au divorce comme solution avant même d’avoir réfléchi aux autres possibilités ?

Il n’y a pas si longtemps, être un couple c’était être capable de surmonter, d’accepter les différences, de "faire des concessions". Aujourd'hui les concessions, yen a surtout dans les cimetières. Il faut d’abord penser à soi et à son épanouissement personnel. Pour le coup, mon ex était un précurseur.

Seulement voilà, comment concilier amour et autonomie ? comment doser subtilement le "je" et le "nous", et jusqu’où ? Comment concilier le désir d’être regardé suffisamment pour sentir l’attachement indéfectible de l’autre et en même temps le tenir à distance d’un jardin privé supposé garantir l’autonomie ?

Une autre chose aussi sur laquelle je m’interroge concerne le supposé pouvoir que le conjoint aurait sur l’autre, la manipulation dans le couple, etc. A partir de quel moment peut-on parler de manipulation, voire de perversion ?

Je vais vous dire un truc : nous les filles dans nos relations avec les hommes je suis sûre qu’on a manipulé plus d’une fois, peut-être pas consciemment, mais on l’a fait, c’est sûr. En tout cas, moi j’affirme l’avoir fait ! Pourquoi croyez-vous qu’on dise : "Ce que femme veut, Dieu le veut" ?

23 février 2013

Juste pour faire un câlin

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Il y a toujours une partie en moi qui rêve. Je rêve de chaleur, de tendresse, de communion, un peu comme celles que me donne parfois mon fils, ce grand dadais qui passe son temps rien qu’à me mettre en boîte mais qui soudain me prend dans ses bras, comme ça, m’enveloppe de sa chaleur juste pour faire un câlin ..  

Je rêve d’une vie où les choses se seraient passées totalement différemment, je rêve de la maison que je n’ai jamais eue, pleine d’enfants, pleine de rires, pleine de vie.

Des rires il y en a (eu) beaucoup. Parce qu’il vaut mieux rire que pleurer, pas vrai ?

Qu’est-ce qu’il aurait fallu ? faire d’autres choix ? avoir d’autres parents ? vivre une autre histoire ? être quelqu’un d’autre ?

On m’a souvent parlé de loyauté familiale, mais si c’est inconscient, comment est-on censé se comporter puisque par définition l’inconscient n’est pas conscient ?

Et quand nos enfants reproduisent à leur tour ce foutu truc, qu'est-ce qu'on peut faire puisque de toutes façons la machine infernale est enclenchée ? Pourquoi est-ce que ça ne s’arrête jamais ?

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1 janvier 2013

Notre seule marge de liberté

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Chers amis,

j’espère que vous avez passé une belle fin d’année, et pour ceux qui étaient seuls, que 2012 s’est éteinte avec beaucoup de douceur.

Pour la vie qui continue en ce premier matin de 2013, je vous souhaite d’accepter les choses comme elles viennent, d’avoir des désirs et des projets bien sûr, mais aussi d’accueillir le cœur grand ouvert tout ce qui n’est pas prévu. Laissez du vide dans votre vie, un peu comme autrefois la place à table du vagabond qui pouvait surgir. L’imprévu, voyez-vous, est notre seule marge de liberté. Il peut être aussi une force, lorsqu’on doit affronter des événements douloureux, la maladie par exemple, contre laquelle généralement on se révolte tellement c’est injuste. Du coup on dépense une énergie folle. Et inutile. Car lutter contre ce qui est ne sert à rien, il faut plutôt se couler dans la vague, nager dessus au lieu de la prendre à contre-courant et s’épuiser.

Perdue tout à l’heure dans mes pensées de ce que je voulais vous dire, j’ai glissé sur un petit jouet qui traînait par terre. Boum. Accepter l’imprévu, c’était ça mon concept ? alors je ne dis rien et je me relève, très digne.

J’ai reçu, en cette fin d’année, un merveilleux cadeau : je suis en train de faire la paix avec ma mère morte. Je lui en ai voulu toute ma vie, je la rendais responsable de tous mes nœuds de froid au cœur. Et voilà que je l’épouse, et voilà qu’elle m’illumine, et voilà même, immense émotion, que Maman me manque. Elle me manque enfin. C’est une réconciliation douloureuse et merveilleuse à la fois.

Mes amis, à ceux que vous aimez, dites que vous les aimez, avec des câlins, des mots doux, des gestes auxquels ils ne s'attendent pas, tout ce qui est tendre donnez-leur, et je vous souhaite d'en recevoir autant, par brassées,

que 2013 vous tienne au chaud dans tout votre amour.

24 décembre 2012

L'esprit de Noël

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Au risque de passer pour une totale girouette, je vais revenir sur ce que j’ai écrit il y a seulement trois jours concernant la "wishlist".

C’est la faute à Lise et à son esprit de Noël, décrit en commentaire ici et que je vous invite à aller lire, si vous le voulez bien. Tout est magique dans cette description : l’émotion à l’évocation d’une famille attentive à chacun de ses membres, réunie en "une longue veillée où chacun prend le temps de se "dire" en étant écouté de tous" et mangeant "le pain fabriqué par mon père".

Le pain fabriqué par mon père .. Rien comme le geste des mains n’a ce pouvoir ambivalent de déclencher la joie ou la douleur, les rires ou les larmes, la tristesse ou le bien-être. Chaque mouvement est une sensation, une émotion. Il y a une paix profonde qui émane d’une personne qui fait du pain. De la paix et de l’amour. On dit "faire l’amour" et ce n’est pas anodin. Car l’amour est quelque chose qui se fait, comme un pain qu’on pétrit, qu’on compose et qu’on chante. L’amour, ce n’est pas acheter un truc parce qu’on est le 25 décembre, juste parce que c'est la tradition, surtout qu’au final personne ne sera content parce que quand on a tout on a trop. L’amour, ce n’est pas non plus cette orgie de nourriture chère et écoeurante. Je sais que je risque d’en choquer plus d’un, mais depuis des années j’en ai une véritable nausée, d’ailleurs je ne mange jamais rien aux repas de Noël (même si je prépare pour les autres). Cette année de toutes façons ce ne sera pas, sublime rébellion, un repas traditionnel, mais un truc super simple.

Bref, pour en revenir à mes états d’âme, les mots de Lise m’ont fait mettre, bien involontairement sans doute, le doigt sur ce qui me rend triste depuis tant d’années à l’approche de Noël : une petite blessure, oh trois fois rien..

La blessure d’être la nana qu’on appelle systématiquement quand rien ne va, mais qu’on oublie d’appeler pour partager les joies.

Celle sur qui on compte pour résoudre les problèmes, dont on se sert comme porte-manteau pour accrocher les soucis et les jérémiades, mais à qui on tourne le dos dès le manteau accroché.

Je dis toujours que je ne veux rien pour Noël parce que ce que je veux pour Noël ne s’achète pas. Mais maintenant, je peux le formuler différemment : "Je veux "un temps pour me "dire" en étant écoutée de tous".

Je le souhaite aussi à toutes celles et à tous ceux qui se reconnaîtront dans ces mots.

19 décembre 2012

Un bon père

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Je vous ai souvent parlé de mon père. Dans ma famille, il était ce qu’on appelait "un bon père" : il avait une conscience aigüe de ses responsabilités de chef de famille, il était généreux - pas de ses sous, c’était plutôt le contraire, il calculait toujours tout au centime près, fille ou pas fille ! - non, il était généreux de lui, de se donner, lui.

J’ai déjà évoqué les scènes dont ma sœur et moi avons souffert toute notre enfance, jusqu’à mes 14 ans en fait, âge où je suis entrée à l’Ecole Normale en pensionnat. Ma sœur qui en avait 12 s’est retrouvée seule face à lui à ce moment-là, elle a alors fait un deal avec notre père, elle vous en parlera si ça lui chante.

Pour mon père, ses enfants étaient toute sa vie.

Il voulait se marier (il vouait une adoration peu commune à ma mère), il voulait avoir des enfants, beaucoup d’enfants, comme son propre père d’ailleurs et son grand-père avant lui. Maman, elle, voulait un fils.

Juste un fils.

Avant notre naissance, Papa avait dévoré tous les bouquins possibles sur l’éducation. Enfin, ce qui se disait à l’époque d’une éducation réussie. Il avait aussi appris la manière de prendre soin d’un bébé. J’ai des souvenirs de nous toutes petites et c’est notre père qui faisait notre toilette.

Déjà, il faut savoir que mon père n’était pas désiré. Je pense (ça n’engage que moi) qu’un petit foetus dans le ventre de sa maman sent ces choses-là. Surtout quand on le secoue comme un malade ou qu’on vient le triturer à coup de dieu sait quoi pour qu’il déguerpisse.

La blessure de rejet était profonde. Ça ne s’est pas arrangé par la suite, puisque lorsqu’il s’est pointé malgré tous les efforts de sa mère pour le faire disparaître, un grand frère de 8 ans était déjà dans la place, adulé de tous, et particulièrement des parents chti de mon grand-père chti. Je précise ça parce que, rhm, mais non mais non ils n’étaient pas peu fiers d’être de chnord .. (mon oncle est né là-bas, alors que mon père est né en région parisienne, mes grands-parents au début ne vivant pas ensemble (je vous l'ai raconté ici)). 

Bref ! pour ma famille paternelle mon oncle était l'indétrônable porteur du précieux nom familial, mon cadet de père ne servait donc à rien (ironie du sort : mon oncle n'a pas eu d'enfants .. ;-))

Papa ne m’a jamais fait de confidences mais j’ai su par des cousins très proches quel genre d’adolescent il était. Les qualificatifs qui reviennent sont : studieux, fiable, solitaire. Sa cousine le considérait comme un grand frère sur lequel elle pouvait toujours s'appuyer.

A ma sœur et moi, notre père a appris que les choses ne doivent pas être faites, elles doivent être bien faites. Que ce qui est commencé doit toujours être fini. Qu’on ne peut compter que sur soi et ne jamais rien devoir à personne..

Et que tout finit toujours par s'arranger .. ;-) (voir ici si vous voulez)

Bref, pour revenir à cette "générosité" dont je parlais plus haut, tous les soirs que Dieu faisait, mon père après sa journée de travail "s’occupait" de ses filles. Il ne se détendait pas devant la télé, il ne profitait pas de la présence de sa compagne (qu’il aimait pourtant profondément), il "s’occupait" de ses filles. En fait, il corrigeait nos devoirs d’école. Très vite, l’expression consacrée est devenue : il nous "corrige"..

Il voulait nous donner ce qui lui paraissait le plus précieux, ce dont il avait le plus manqué : du temps, son temps.

C’est donc du temps qu’il nous a donné, à sa façon, avec ses moyens. Il voulait aussi nous donner de l’instruction car c’est ce qui l’a sauvé. Sur moi, l’aînée, la pression était terrible. Par chance, j’ai toujours adoré apprendre !

Ma sœur était, comment dire, plus distante peut-être, différente assurément, il avait moins de prise sur elle.

Mais bref, il a passé avec nous toutes ses soirées pendant douze ans .. On s’en serait passé, mais lui aussi sûrement, non ?

 

Il y a quelques jours, je suis tombée sur son carnet de poèmes, des poèmes qu’il écrivait lorsqu’il avait 17 ans.

Je vous en propose un :

 

Pourquoi pleures-tu, mon âme ?

Dis-moi quel est ce dictame

Qui me fait venir les larmes aux yeux

Dis-moi, est-ce le hasard miséricordieux ?

Est-ce la haine de la mort ?

Est-ce l’amour qui est en tort ?

Pourquoi ces songes obscurs ?

Pourquoi toutes ces ordures

Qui viennent souiller mon esprit ?

De quelle erreur est-ce le prix ?

Pourquoi toutes ces calamités

Pourquoi, pourquoi vivre

Dans cette vie, idiote et ivre

De faire mal, de nuire à l’homme.

 PC197877rr

 

12 décembre 2012

Un vide intersidéral

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Il y a des moments où je me sens dans une solitude inouïe. C’est difficile à décrire avec des mots. Ça ressemble assez au moment qui précède juste une intervention chirurgicale, ou bien celui où on apprend qu’on a une maladie grave. On sait que, malgré les gens qui nous aiment, malgré la famille, malgré les amis, on est seul face à "ça". Tout seul.

Cette sensation de solitude, je l’ai découverte toute petite. Je m’endormais tous les soirs en pleurant, et il y avait ce paradoxe étonnant de la présence de ma petite sœur dans le lit juste à côté du mien, puisque nous partagions la même chambre, de mes parents et de mon frère tout près (nous habitions un très petit logement et mes parents laissaient toujours les portes ouvertes), il y avait donc cette présence des miens, que j’aimais envers et contre tout, et ce sentiment diffus de solitude lancinante, qui me réveillait dans des cauchemars tels que mon père me prenait pour me recoucher dans le lit entre eux deux.

Cette solitude, j’ai cherché à la combler avec quelque chose de palpable. Je me suis mise à réclamer sans arrêt des câlins à ma mère, qui ne savait pas les donner, peut-être parce que personne ne le lui avait montré, ou peut-être pour une autre raison, ça n’a plus d’importance maintenant. Je la prenais dans mes bras, tout le temps, sans me lasser, dans l’espoir insensé qu’elle allait me serrer contre elle. Maman appelait ça "faire la meule" (réclamer incessamment quelque chose).

Plus tard, ce trou béant, j’ai voulu le combler avec de "l’amour". Faire l’amour. Voilà quelque chose de palpable. J’étais remplie, au sens littéral du terme. J’étais remplie, mais dès que ça s’arrêtait je me sentais encore plus seule. Bien entendu, je ne savais pas que c’était ça. J’étais amoureuse, pleine de désirs.. j’étais aussi pleine de vide. Un vide intersidéral.

Je me rappelle un jour, mon amant venait de partir. Je me suis adossée contre le mur, comme en état de choc. J’étais littéralement vidée de quelque chose, mais je ne savais pas de quoi. J’ai glissé le long du mur sans m’en rendre compte, je me suis retrouvée assise par terre, avec ce truc qui béait sur le monde. Il fallait que je referme tout jusqu’à ce qu’il revienne, mes yeux, mon cœur, mon corps, tout. Je n’y survivrais pas.

Bien entendu j’y ai survécu, mais uniquement à ce prix. Me remplir, me remplir "d’amour". Enfin, ce que j’appelais l’amour, ce qu’on appelle l’amour.

Aujourd’hui, quand me vient cette sensation glaciale, cette impression que rien ne pourra jamais apaiser ce froid au cœur, je me roule en boule et j’attends. J’attends parce que je sais maintenant que ça va passer. Qu’il ne faut surtout pas que j’en parle à qui que ce soit ou que je vois qui que ce soit.

Je m’installe dans ma solitude, pas celle qui fait mal, non. L’autre, celle qui est mon amie, celle qui ne me laissera jamais tomber.

Je lui fais un petit nid douillet et chaud. Je lui raconte des histoires. Je lui parle de maman, la maman dont je ne lui avais jamais parlé. La maman qui connaissait peut-être la même solitude que moi ..

28 novembre 2012

Comment se priver de ça ?

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Je vous parlais la dernière fois de ma période "bab cool". Eh bien c’est à ce moment-là que je l’ai connue, à l’ashram de M ***. En fait, au départ j’étais copine de son petit ami, comme on disait (d’ailleurs c’est le parrain de ma fille aînée), mais autant, tous les autres copains et copines de l’époque ont disparu dans la nature, autant notre relation a perduré envers et contre tout. Des fois, l’amitié démarre sur les chapeaux de roue, et s’éteint comme un feu de paille. D’autres fois, elle se bonifie avec le temps, comme le vin - notre amitié est de celles-là. Et pourtant.. il y a eu mon divorce, il y a eu le sien.. des longs moments aussi sans qu’on se voit et pendant lesquels, sans le savoir, on a eu en même temps un deuxième, puis un troisième enfant ...

Oui, Domi est ce genre d’amie avec laquelle des petites choses subtiles se passent, qui ne s’expliquent pas, "parce que c’était elle, parce que c’était moi"?

Il y a deux ans, je lui ai envoyé mon premier livre, mon bébé. Notre amitié est contemporaine de la quasi-totalité des récits. Certaines scènes dont elle n’a pu que reconnaître les protagonistes ont dû la faire bien sourire..

Elle avait pris son stylo. Car comme moi elle aime, malgré internet, continuer à envoyer des vraies lettres écrites sur du vrai papier.

"J’ai lu ton livre d’une traite, j’en avais les yeux tout bouffis, je savais plus où j‘étais... j’ai laissé passer quelques jours pour essayer de totalement l’oublier puis je l’ai relu. Je me suis délectée de tes aventures amoureuses, te revoyant devant G. ou t’imaginant complètement face à ces hommes, amoureuse, paumée, larguée, sens dessus dessous, au paradis et en enfer, mais tout à fait dans l’amour. Ton écriture m’a fait sourire, réfléchir, mais surtout comprendre que dans le fond, les femmes se ressemblent lorsqu’elles aiment.. Elles se ressemblent dans leurs rêves.. et toi, t’en as toujours eu à revendre !! En tous les cas un grand bravo pour ton audace, j’ai senti comme tu t’es libérée et tu ne peux pas savoir combien je suis fière de toi (excuse, ça fait gnangnan mais je sais qu’il t’a fallu du courage pour mener ce projet de livre jusqu’au bout)".

Là, ça faisait trois ans qu’on ne s’était vues. Vous savez comment c’est la vie, c’est pas qu’on ne pense plus aux amis, mais on laisse les jours passer, voilà.

Et puis m’est venue l’envie d’écrire un petit texte sur Dominique pour ma rubrique sur vos prénoms. Et franchement, je vous jure que c’est vrai, à peine j’ai eu posé le point final, le téléphone sonne, c’était elle, c’était Domi, elle me dit le temps passe et on ne prend pas celui de voir ceux qu’on aime, est-ce que je peux venir te voir ?

Du coup nos petits-enfants ont fait connaissance entre eux, c’était drôle de découvrir sa petite-fille, d'y revoir sa fille, et pour elle de voir la mienne dans le plus jeune de mes petits-enfants. C’était de la vie, c’était du plaisir, comment se priver de ça ?

 

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Et pour vous ?

Des amitiés, des rencontres précieuses ??

 

 

25 novembre 2012

Ondoyés par des esclaves

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Lorsque j’étais jeune, j’étais ce qu’on appelle une bab cool. On peut se demander comment une petite nana comme moi, super bien dressée par son papa et rangée des voitures (interne à l’EN depuis l’âge de 14 ans dans la plus stricte discipline), a bien pu virer sa cutie.

Eh bien tout a commencé par la rencontre d’un Normalien, qu’un jour par extraordinaire une sortie avait été organisée entre les filles et les garçons, exception s’il en fut car notre directrice voyait en la mâlitude le diable personnifié.

Or ce garçon, outre des cheveux longs qui déparait considérablement dans le décor, s’adonnait au fumage de pétards et autres joyeusetés autrement plus tentantes que les épinards immondes qu’on nous servait à la cantine. On était censés ce jour-là faire un jeu de piste ou autre truc tout aussi passionnant, et je me rappelle que, rébellion suprême, on s’était assis tous les deux dans un coin de forêt, lui avec son regard comme une voûte céleste nocturne (il avait les yeux noirs) penchée vers le mien plein de curiosité. Ses beaux cils battaient au-dessus de notre rencontre, comme lentement ondoyés par des esclaves.

A y est.

J’étais sous le charme.

Il me parla de Timothy Leary, et c’est de ce jour que je commençais à griffonner "Turn on, tune in, drop out" un peu partout sur mes cahiers, même si je n’en saisissais pas totalement le sens.

Puis le rabat-oij de prof nous était tombé dessus en prétendant qu’il nous cherchait depuis des heures, que ça allait nous coûter la sortie du week-end au lieu qu’on rentre dans nos home, mais ça y était, j’étais comme qui dirait transformée et la bave de crapaud du prof n’atteignait pas la juvénile colombe que j’étais encore.   

Puis il y avait eu le récit écrit par un journaliste au sujet d’une jeune droguée qui avait côtoyé Gabrielle Russier aux Baumettes. Dans la foulée j’avais aussi lu tout Gabrielle Russier et j’avais été toute étonnée de découvrir un monde où on pouvait aimer hors des chemins battus.

Pour fêter ça j’avais décidé de modifier mon apparence. Vestimentaire, d’abord : j’avais troqué les  jupes bleu-marine/chemisier blanc contre le "bén patte d’éph" en bas desquels je cousais avec application, la langue dépliée jusque par terre, des OM en coton coloré (c’est la seule fois de ma vie où j’ai fait de la couture, faut pas rêver quand même !).

Capillaire ensuite : un jour de pétage de plombs comme ça ne m’arrive absolument jamais je m’étais coupé les cheveux rageusement à coups de ciseaux, cheveux que j’avais jusqu’alors très longs. Quand j’ai vu ma tête après, j’ai compris que c’était la pire idée que j’avais jamais eue, mais c’était trop tard, je ne ressemblais plus à rien (ça n'a pas changé depuis).

Le plus bizarre en fait, c’est que je m’étais mise à fréquenter des babs mais que je ne touchais pas à la drogue. J’avais, une fois, une seule, testé le shilom (Baum Shankar). Pas de cieux qui s’ouvrent ni de paradis psychédélique. J’ai compris depuis qu’en fait, il était inutile de chercher à modifier un état dans lequel je suis naturellement.

Donc, mes fréquentations changèrent. Un monde nouveau s’offrait à moi. En la personne d’amis vivant en communauté, tous adeptes de M*******.

Le concept était super chouette : détox, bien-êtrox et partageox.

Tout le monde mangeait ensemble, au son de la cloche qui finissait de tintinnabuler pour que toute la clique se radine en prononçant des Om concentrés.

Tout le monde s’aimait et aimait tout le monde (surtout les petits amis des autres).

Bref, c’était super chouette. Y avait même un Nirvanox de promis. Sauf que personne n’a eu le temps de le trouver, la communauté ayant splitté avant.

Vous allez me dire, bien sûr c’est facile de critiquer comme ça, t’étais même pas dedans. C’est vrai, j’étais pas dedans. C’est justement pour ça que j’ai vu. J’ai vu qu’il n’y avait plus rien à voir, car sur la fin, faut bien le dire, la communauté brillait surtout par son absence de communautaires, Machin s’étant tiré avec Trucque enceinte de Bidule resté tout seul à mâcher son tofu.

De ce jour, j’ai continué à porter des robes à fleur et des sabots, mais j’ai laissé tomber toute velléité de partageox.

La vie est bien trop courte pour se la compliquer, pas vrai ?

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24 novembre 2012

Dure au mal

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Il y a une chose qui m’a marquée lorsque j’étais gamine, c’est ma grand-mère qui me répétait inlassablement le regret qu’elle avait de n’être pas allée à l’école. Non mais, vous imaginez, aujourd'hui, un de nos jeunes nous dire : "Ouaich, Môman m'empêche pas d'aller à l'écooooooole !!!!" ????

Mon aïeule avait eu une nombreuse fratrie, et sa mère, pour mettre un peu de beurre dans les épinards, prenait des nourrissons (elle en a eu 32 en tout !) c’est-à-dire qu’elle nourrissait au sein des nouveau-nés que leur propre maman ne pouvait allaiter. Cette plaisanterie pouvait durer deux années, voire plus, si bien que la maison ne désemplissait pas. Avec une telle marmaille l’ouvrage ne manquait pas, et c’est la raison pour laquelle mon arrière-grand-mère gardait sa fille à la maison pour aider. Ça serait aujourd’hui, clair, elle aurait été dénoncée aux services sociaux ! mais les services sociaux n’existaient pas, et c’est comme ça que devenue grand-mère la mienne lorgnait sur mes cahiers avec dans ses tendres yeux bleus toute la tristesse du monde.

De la tristesse, ma foi elle en a connu dans sa vie, même si, comme elle disait, elle était "dure au mal".

Ça avait commencé avec son premier amour, qui s’est avéré être aussi le dernier. A la période qu’on appelle aujourd’hui adolescence, elle est tombée folle amoureuse de celui qui deviendrait mon grand-père, amoureuse et accessoirement un peu enceinte. A quinze ans, c’était une pure blonde à la peau diaphane avec de grands yeux azur. Des yeux de myope. Ce sont les plus doux, m’a-t-on souvent dit.

Quinze ans, donc. Et cet air que certains ados d’aujourd’hui arborent à grand renfort d’extasy, ma Mamy l’avait naturellement : regard rêveur, transparent, pailleté d’étoiles.

Mon grand-père maintenant : le Don Juan du coin. Dix-sept ans, le cheveu noir, hérité d’une lointaine, mais noble, cousine basque, l’œil de braise, le menton fier, un je ne sais quoi d’altier dans le port de tête. Le genre de celui qui a gagné le gros lot à la loterie génétique. Tous les attributs que l’on croyait morts avec Arthur et les Chevaliers de la Table Ronde, mon futur grand-père les a. Ajoutez à cela une loyauté sans faille, gourmand de la vie, en toutes circonstances il va droit au but. Il ne s’embarrasse jamais de fioritures, et même s’amuse à surprendre, voire à choquer : maintenant vous avez une petite idée de l’homme que fut mon grand-père. Que dire encore ? qu’il était impulsif, impatient, que ses colères étaient pourtant vite oubliées, qu’il était incapable de rancune et surtout d’hypocrisie. Oui, mon grand-père était tout, sauf ennuyeux. Certes, ma grand-mère en a fait les frais, car en amour, s'il aimait pour la vie, le problème, c'est qu'il aimait souvent ..

Mais revenons à nos ados de l’ancien temps. Au cours d’un bal. Bien sûr, comme ma Mamy n’a que quinze ans, son grand frère la chaperonne... Mais bon, il faut croire que des obligations l’ont appelé ailleurs, le grand frère, parce qu’aussi sec, mes futurs grands-parents qui sont pourtant bien jeunes se connaissent (au sens biblique, veux-je dire). Et se mettent à ne plus voyager que sur une mer de phéromones. C’est ma grand-mère, surtout, qui n’arrive plus à atterrir. Genre de petite nana à avoir avalé le résumé de Roméo et Juliette. Le bout de ses doigts, de son cœur, de son esprit, la moelle de ses os semblent complètement imprégnés de lui. Il est devenu sa première et sa dernière pensée de la journée.

Et bien entendu, ce qui devait arriver arrive. Sous forme de menstruatum interruptus merdouilloum. En trois jours de temps, les valises sous les yeux de ma Mamy ressemblent aux autoroutes qui ne sont pas encore construites dans le coin.

La mère de ma mamy est du genre pragmatique : elle attrape sa blondinette par la main et va aussi sec exprimer ses revendications (matrimoniales) aux pieds d’Olympe (ma future arrière-grand-mère). J’avoue, déjà rien que son nom fait frémir.

Olympe éclate de rire, dévoilant une quantité phénoménale de dents. Comme elle parle chtimi, la traduction approximative donne ceci :

"Min garchon est trop jeune pour se marier, il doit vivre sa vie ! J’ai lâché mon coq, il fallait rentrer vos poules !"

Et elle conclut l’entretien par un sourire rectangulaire.

Ma petite Mamy s’effondre dans un torrent de larmes. Ça lui sort par les yeux, par le nez, par les oreilles (si si). Au terme des neuf mois réglementaires, et même plus précisément de huit mois, un fils vient au monde, qu’on n’appellera jamais autrement que Pépette, ce qui veut dire poupée en chtimi (déjà que tous ces événements contrariaient bien mon grand-père, en plus c'était un gars alors qu'il voulait une fille !!!)

Mais l’homme que fut mon grand-père vit dans le présent. C’est ce qui fait sa force. C’est ce qui lui permet de toujours repartir, de redémarrer avec un enthousiasme intact. Il marche à grands pas rapides, se tenant très droit, le nez au vent et la tête rejetée en arrière. Son regard est franc, sa poignée de main énergique. Un tic ? il aime se passer la main dans les cheveux, qu’il a drus. Il est toujours en mouvement.

Alors, même si aujourd’hui il n’a que dix-neuf ans et que cela va changer tout le cours de sa vie, il ne pense pas au futur : le 12 février 1927, il épouse la blondinette qui lui a donné un fils, comme l’exige son père. 

Et n’en continue pas moins de vivre sa vie "de jeune homme". Car mon grand-père a besoin de se sentir libre. Toujours.

En août 1933, ma grand-mère qui a 24 ans se retrouve enceinte. Elle veut "faire passer" le bébé, comme elle l’a fait pour tous les autres. L’amour qu’elle vit avec son bien-aimé est à l’image du couple qu’ils forment : pétri d’orages, de discussions houleuses, d’obstacles. Si c’est la paix, c’est une paix armée. Ou mieux : l’armistice entre deux combats. Ma grand-mère jeunette navigue dans le tout ou rien. Elle serait capable de manifester un dévouement aveugle à son mari, seulement voilà : cet homme-là tient à sa chère autonomie et Mamy ne se sent ni respectée, ni acceptée. Mais mon grand-père est entier. Il ne tergiverse pas : il veut des enfants, beaucoup d’enfants. Il pense comme son père que les enfants, c’est la vie. Alors, il en fait à sa femme.

La mère de ma grand-mère (la nourrice), si maternelle, essaie aussi de convaincre sa fille. "Garde le bébé, je te l’élèverai..". Mamy ne veut rien savoir. Elle saute dans les escaliers avec le secret espoir que l’enfant va se "décrocher".

A-t-il fallu qu’il ait envie de vivre, mon papa, pour naître quand même envers et contre tout ?

Pendant ce temps, en Allemagne se profilent des événements extrêmement inquiétants. En 39, mon grand-père est mobilisé. Les gens s’enfuient sur les routes, se cachent, n’importe où, la tête folle, les yeux perdus. Marcher, jusqu’où ? ne pas s’arrêter tant que l’insupportable bruit de mort subsiste, tant que les avions piquent, que les chars mitraillent. Les enfants, les femmes tués au passage des ponts. On ne connaît même pas leurs noms. Ils n’ont pas d’identité, pas de visage.
Le flot des réfugiés grossit chaque jour. Les Allemands détruisent tout sur leur passage ! il faut fuir pour échapper aux "Boches",  tout ce qui peut rouler est utilisé : automobile, chariot, brouette, bicyclette, voiture d’enfant ..

En juin 1940, mon grand-père est capturé en Alsace, où il reste près de deux mois, puis emmené dans le stalag de Dortmund en Allemagne. A son arrivée, il est fouillé, on lui confisque ses papiers, on l’envoie prendre une douche de désinfection puis il est pris en photo. On lui donne une plaque avec un numéro matricule qu’il devra toujours avoir sur lui, de jour comme de nuit. Sur la plaque est marquée le nom du stalag (VI/D) et son n° de matricule : 24143.

Il restera dans ce camp trois longues années, trois années qui vont agir sur lui, lui l’amoureux de la liberté, lui pour qui l’indépendance est toute sa vie, comme un poison subtil. Quand il reviendra auprès des siens, ce sera un autre homme, transformé à jamais. Lui si léger, lui qui aime tant la vie, le voilà violent, suspicieux, jaloux, taciturne, enfermé dans une souffrance que rien ne peut soulager.

Pour ma grand-mère, pendant ce temps, la vie est dure. Seule pour élever ses deux fils, elle passe son temps à la table à repasser (elle tient une teinturerie). Ah, le travail ne lui fait pas peur ! et c’est la leçon que retiennent ses garçons, mon père, du haut de ses 5 ans, et Pépette, qui en a 13. Eh oui, ma Mamy si chaleureuse n’est pas une tendre maman. Elle n’a pas le temps. La guerre lui a volé son mari, il faut que l’argent rentre, les temps sont durs avec toutes les restrictions imposées par les Allemands qui permettent à peine d’acheter de quoi se nourrir. On manque de tout, car une grande partie de la production française est réquisitionnée pour les soldats allemands mais aussi pour la population en Allemagne. Il y a bien le marché noir, mais ça coûte cher. Il faut donc travailler. La boucle est bouclée.

Et puis il y a la peur : la peur des bombardements, mais surtout la peur des violences commises par les Allemands. Si Pétain collabore avec l’Allemagne, le Général de Gaulle, lui, pense que la défaite de la France n’est pas définitive. Le 18 juin 1940, il lance, de Londres, un appel à la résistance des Français. Il les encourage à venir le rejoindre pour continuer le combat contre l’Allemagne nazie. Peu nombreux, ces hommes forment les Forces Françaises Libres. Ils combattent durant toute la Seconde Guerre mondiale aux côtés des Anglais. D’autres personnes décident de continuer le combat sur le sol français, comme mon oncle Pépette qui a alors quinze ans.

Ces activités sont dangereuses car les hommes de la Résistance sont impitoyablement pourchassés par les polices françaises et allemandes. Ceux qui sont capturés sont exécutés ou envoyés en Allemagne dans des prisons ou des camps de concentration.

Mon grand-père est libéré en juillet 43. Les retrouvailles sont à la hauteur des souffrances de chacun. Mon grand-père a quitté deux garçons de 5 et 13 ans, il retrouve deux jeunes étrangers qui en ont 9 et 17, et dont l’aîné le toise, lui qui a su ne pas baisser la tête devant l’ennemi. La violence surgit dans le foyer, avec son cortège de souffrances. C’est à partir de ce moment que mon père s’enferme dans la solitude et les études...

 

Vous devez vous demander pourquoi je vous raconte tout ça ? eh bien parce que je pense à ces vies d’autrefois tellement moins confortables et ô combien moins épanouissantes .. que dire en effet de la position de nos grand-mères à la merci du bon vouloir de l’homme, père ou mari ? Séduite, épousée ou non, délaissée, rejetée ..

Je ne suis pas en train de faire l’apologie de "c’était mieux avant", justement non ! Je me dis simplement qu’aujourd’hui nous bénéficions de tant de possibilités d’être heureux, ou en tout cas de ne pas être malheureux, mais cela nous semble tellement acquis et légitime que non seulement on ne les apprécie guère mais en plus on se crée bien souvent des souffrances qui n’existent que dans notre mental ..

Vous ne trouvez pas ?

10 octobre 2012

Un imparfait qui sait

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Apache écrit : "Je croise beaucoup de gens de toutes catégories sociales et malheureusement, je n’ai encore jamais trouvé une seule personne comblée après des années de vie commune. J’aurais tellement aimé faire exception avec l’élue de mon cœur !"

Tout d’abord je pense qu’on ne part pas tous égaux dans l’aventure amoureuse et conjugale. Chacun d’entre nous y apporte ce qu’il a reçu mais aussi la manière dont il l’a "assimilé". Pour certains, les épreuves de la vie rendent forts. Pour d’autres, cela les fragilise à un point inimaginable. A contexte identique on ne réagit pas de la même manière.

J’ai l’exemple de ma marraine (la sœur de ma mère) qui n’a jamais baissé les bras devant les nombreux obstacles qui n’ont cessé de se présenter à elle, qui s’est toujours battue pour obtenir ce qu’elle voulait et qui encore aujourd’hui, à 80 ans, dit que ses journées sont trop courtes pour faire tout ce qu’elle a à faire, bien qu’elle ait encore toute la vie devant elle ;-)

Et pourtant. Dix ans déjà qu’elle a perdu son mari, son pilier, sa vie. Mais même après ça, elle n’a pas baissé les armes : peu après le décès de mon oncle, elle est partie faire un grand voyage, demandant à ma mère, déjà veuve à ce moment-là, de l’accompagner. Maman d’ailleurs avait été éberluée de cette proposition, autant que mes cousins. Personne n’a compris sur le moment que partir s’émerveiller des beautés de ce monde était sa manière à elle de refuser que la mort gagne du terrain sur sa vie, sur LA vie. 

Si je raconte ça, c’est parce qu’Apache écrit aussi : "ma compagne m’est plus indispensable que l’oxygène que je respire".

Or, ce que je crois aujourd’hui, c’est qu’aucun homme, aucune femme ne devrait avoir à dire cela.

Ce que je crois aujourd’hui, c’est qu’un couple, cette entité vivante et évolutive faite de deux personnes distinctes, ne peut être heureux que si d’abord et premièrement les deux personnes sont heureuses chacune de leur côté, ou plus précisément, se rendent responsables de leur propre bonheur. Car si un couple peut soigner l’âme, ce n’est pas sa fonction première. Tout au plus, et c’est tout le mal que l’on peut souhaiter, peut-il servir d’exhausteur de bonheur.

Un couple c’est la conjugaison de deux personnes conscientes d’elles-mêmes, conscientes de ce qu’elles sont et du chemin qu’elles ont à faire chacune de leur côté, conscientes de leur possibilité d’évoluer, et qui ne restent pas figées dans une vision idéalisée et donc tronquée de l’amour.

Elle est gonflée Ambre hein, de parler comme ça ???? avec tout ce que je vous ai rebattu les oreilles au sujet de l’Homme Idéal !!

Ben justement.. l’homme idéal ne serait-il pas celui-là : un imparfait qui sait qu’il l’est ?

23 septembre 2012

Si petites

fillettfleur

Toute ma vie, j’ai foiré mes histoires d'amour parce que je 'cherchais' mes parents dans les hommes que j’ai rencontrés.

Je vais être plus précise : ce ne sont pas mes parents que je cherchais, mais tout ce que je voyais en eux de plus douloureux, de plus toxique. J’ai cherché l’indifférence de ma mère, la froideur glaciale de mon père. Et pourtant ! si vous aviez connu mes parents ! jamais vous n’auriez utilisé ces qualificatifs pour les décrire. Mes parents aimaient profondément la vie, et ils m’ont d’ailleurs communiqué cet amour. C’est à eux que je dois ma passion pour la mer, pour le sable doux et chaud, c'est grâce à eux que je m'émerveille de la luminosité d'un ciel bleu, que j'aime toucher les arbres et sentir les fleurs, nous partions tous les étés dans des pays merveilleux comme l’Italie ou la Grèce mais aussi souvent les fins de semaine en pleine nature ou nous balader en forêt. Mes parents aimaient aussi réunir ceux qu’ils aimaient, notre famille. Si ma marraine avait une maison (construite et agrandie au fil des années par mon oncle lui-même), mes parents, eux, n’avaient qu’un petit appartement avec une seule chambre dans lequel on vivait à cinq, mais ça ne les a jamais empêchés de recevoir les sœurs, les cousins, les oncles et tantes, les parents, et qu'on se retrouve je ne sais pas comment à un million. Il n’était pas rare que ma mère et ma marraine qui étaient sœurs invitent chacune la belle-famille de l’autre, car quand yen a pour dix, yen a pour vingt !! On faisait des tables de fortune, on poussait les murs, on mangeait à la bonne franquette. Enfin même pas ! car maman était une excellente cuisinière. Elle faisait du tout avec du rien. Elle nous gavait comme des oies. En fait, elle nous donnait à outrance ce qu’elle savait faire. C’était sa générosité. Comment ai-je pu entretenir si longtemps la croyance qu’elle ne nous aimait pas ? aurais-je fait mieux et plus à sa place ? qui peut prétendre valoir mieux que qui que ce soit ?

Mon père nous filait des baffes, c’est vrai, et nous étions si petites. C'est la seule manière qu’il a trouvée pour nous apprendre à être forte et à ne compter que sur soi. Il voulait le meilleur pour ses filles et la vie lui avait appris qu’on n’est jamais si bien servis que par soi-même. Est-ce de sa faute si j’en ai fait tout un fromage ? m’a-t-il violée ? enfermée dans un placard ? comme maman il m’a donné tout ce qu’il avait, tout ce qu’il savait.

Alors qu’est-ce qui a bien pu me pousser à chercher des trucs et des machins, quel est ce besoin masochiste qui m’imbibait comme un baba ? comment ai-je pu occulter toutes les autres choses qu’ils nous ont apprises, le bonheur d’être ensemble, tous les éclats de rire, la danse, mon Dieu la danse.. mon père dansait divinement bien. Il fermait les yeux, complètement transporté. Un homme qui aime autant la musique peut-il être aussi nocif que je me le suis répété à longueur de vie ?

10 septembre 2012

Je les remets au vent

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Mon fils, hier soir : "Papy et mamy ne s’aimaient pas, n’est-ce pas ?"

Et moi de le regarder avec des points d’interrogation plein les yeux : "Mais si, mes parents s’aimaient ! qu’est-ce qui te fait penser une telle chose ?"

"Mamy disait toujours un tas de trucs contre les hommes !"

Alors moi : "Mais c’était une boutade !"

Et de lui raconter ...

Tu sais, dans les années 60, le père était chef de famille, il ramenait la paie et à ce titre avait droit à moult égards, ma maman tenait la maison (très bien), repassait les chemises, préparait à manger (très bien et trop : ma sœur et moi on était énormes) (enfin surtout moi). Cette situation était normale, chacun avait son rôle et on ne remettait pas ces choses en question.

Mamy néanmoins souffrait de la dépendance financière qu’elle avait à son mari. A cette époque, la carte bleue n’existait pas, et Papy remettait une somme d’argent chaque semaine à Mamy pour faire les courses et il lui fallait faire avec .. heureusement que les parents de mon père étaient là, mon grand-père était menuisier, ma grand-mère teinturière, elle avait son commerce qui marchait bien et combien de fois elle a dépanné maman pour les courses, mes grands-parents avaient le cœur sur la main et pour ça, malgré des débuts houleux entre ma mère et sa belle-mère, la première n’a jamais oublié ce que la seconde a fait pour elle.

Puis il y a eu 68 qui a tout chamboulé. Pour commencer, Maman a passé son permis de conduire !!! bon, ce n’est pas pour autant qu’elle a pu conduire tout de suite, mon père n'avait sans doute pas assez confiance pour lui confier sa voiture, à moins que ça touchait à sa "virilité" ? ;-)

Bref.. petit à petit, maman a grignoté de l’autonomie, faisant ressortir alors sa nature Scorpion (clin d’œil à Reynald).

Il faut que je te précise qu'alors les femmes étaient considérées comme des "mineures" sous tutelle, même après 21 ans (âge légal de la majorité jusqu'en 1975). Elles n'avaient pas le droit de travailler si leur père ou leur époux s'y opposait. Si leur "tuteur mâle" leur accordait ce droit, pas question qu'elles puissent gérer les ressources financières qu'elles en retiraient : aucune banque ne leur ouvrait un compte à leur nom et prénom. Après 68, mon père a autorisé ma mère à s'ouvrir un compte mais je me rappelle que son chéquier était au nom de Madame (nom et prénom de mon père).

Mai 68 a entraîné une certaine libération des femmes. Dans les années 1970, maman a commencé à prendre la pilule (contraceptive), c’était une merveille qu’on ne peut même pas imaginer aujourd’hui !!!

Bref, tout cela pour te dire qu’à cette période, Mamy a commencé à dire et à faire des choses qu’elle ne s’était jamais autorisées à dire et faire avant, donnant aux conversations de nos réunions de famille des allures d’affrontements, même si dans la réalité cela ne changeait rien : maman continuait à faire le ménage, repasser les chemises et papa à travailler à l’extérieur. Ils s’aimaient, ça c’est sûr, même s’ils ne se parlaient pas (ça ne se faisait pas à cette époque).

 

Lettre à mon mari que j’aime

Pour la première fois depuis ta disparition, je range ton petit coin de chambre et je pleure. Tu me manques terriblement et je ne t’ai pas assez dit combien je t’aimais. Chaque coin de cette maison déserte me rappelle ta présence. C’est vrai que la vie de celui qui reste est un enfer. Je te parle et j’espère que tu m’entends.

Tu me disais un soir <j’ai peur> je t’ai tenu dans mes bras toute la nuit en te disant, tant que je suis là tu n’as rien à craindre. Nous étions trempés tous les deux tant tu transpirais. Nous n’avions pas la parole facile et je regrette terriblement de n’avoir pas été à tes côtés en ces derniers instants. Tes yeux ce soir-là le 24/9 à 21h me disaient tu ne me reverras pas.

Depuis le 25/9 je suis bloquée, enfermée dans ma carapace. J’étouffe et ma gorge se noue par des nœuds. Pourquoi ? pour être brave devant mes enfants, Nadège m’a beaucoup aidée, je ne sais pas si elle en est consciente mais je le pense.

Aujourd’hui je ne suis pas bien car je range un peu et je découvre que tu avais conscience que tu ne reviendrais pas. Tous les petits papiers que je trouve me le disent.

Avons-nous assez parlé ?

C’est trop tard et je suis seule.

 

Voilà Maman, tu n’es plus bloquée. Tu m’as laissé ce mot, intentionnellement ou non, comme toutes les autres lettres "que tu voulais que je prenne après ta mort", pour que je te libère de ce poids qui t’étouffe.

Tes mots, Maman, c’est toute la tendresse de notre passé, tout l'amour qu'on ne s'est pas dit.

Tes mots, Maman, je les remets au vent.

 

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2 septembre 2012

L'union furtive

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Imaginez un monde où les femmes seraient "chef de famille". Imaginez un monde où, plus précisément, ce sont les femmes les plus âgées, toutes de velours foncé vêtues, qui seraient les plus puissantes dans la communauté. Le clan se choisirait une matriarche qui s'occuperait de la maison, des champs, des animaux et de la nourriture domestique. Tout passerait par ses mains : les récoltes, les cueillettes, les produits de la pêche et de la chasse, l'argent gagné par les hommes. Oui, dans ce monde, les mères seraient les piliers de la société. Seule leur ascendance serait prise en compte, la transmission du nom et des biens seraient exclusivement féminine.

Cela commencerait à treize ans, après un rite d’initiation qui donnerait aux filles, avec leur âme réincarnée ainsi qu’un nouveau nom, la possibilité d’être considérées comme membres à part entière du clan. Elles entreraient en possession de la clef de leur chambre. Leurs amoureux les y retrouveraient discrètement le soir, les quitteraient à l'aube pour retourner chez leur mère car ce ne serait pas à eux d’élever les enfants issus de leurs amours. Les filles pratiqueraient donc l'union furtive et ne s’attacheraient pas aux hommes ! du reste, l’amant trop insistant serait chassé ! Les liaisons se noueraient et se dénoueraient sans contraintes sociales, sans mariage et naturellement sans infidélité, puisque ce système exclurait si radicalement la possession que la jalousie en deviendrait honteuse. Les femmes expliqueraient en riant que les hommes dans la journée doivent se reposer pour être plus vaillants dans leur lit la nuit durant. Elles aimeraient ce mode de vie car elles ne vivraient avec leur compagnon que des moments d'amour et de sentiments partagés sans que les questions pratiques ne s'immiscent dans la relation. Les aspects matériels, les questions de propriété, les aspects de l'éducation des enfants, tous les sujets dont débattent nécessairement les couples qui vivent ensemble, n'auraient aucune importance.

Eh bien voyez-vous, ce monde existe : non loin du Tibet, la tribu des Mossos perpétue, depuis 1500 ans, cette tradition singulière.. pas de relations amoureuses "cadrées", pas de mariages arrangés ou forcés (en fait, pas de mariage du tout !), pas d’attente particulière, comme celle typiquement occidentale que l'autre doit tout combler en nous. Un homme se languit d’une femme ? il va la voir et puis voilà. Il est même recommandé qu’il ait plusieurs compagnes (toujours dans le but de ne pas s’attacher), et les femmes elles aussi choisissent leurs amoureux, les filles les plus belles peuvent en avoir jusqu’à trois cent ! ça fait rêver !!

D’où la réflexion que je me fais : nos désirs, nos attentes par rapport à l’autre, les sentiments que nous éprouvons (jalousie, possessivité) ne seraient-ils pas entièrement conditionnés par notre environnement ??

19 août 2012

Une fille moche

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"Ce qui compte dans l'amour", me dit mon fils, "c'est pas le physique, c'est de bien s'entendre et d'être bien ensemble !!"

Puis il ajoute : "En plus l'avantage d'être avec une fille moche, c'est que personne te la pique !!"

9 août 2012

La perle précieuse

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Il y a les gens avec qui on a envie d’être tout le temps. Seulement ceux-là, ils n’ont pas envie d’être tout le temps avec nous.

Il y a ceux qui ont envie de nous voir parce qu’on est tout ce qu’ils ont dans la vie. Alors si on dit non, culpabilité.

Il y a les gens qu’on voit par habitude ou par devoir.

Et puis il y a ceux qui vous pompent et vous laissent exsangue. Ceux-là, faudrait pouvoir les dé-choisir, pour autant qu’au départ on les a choisis. Il faudrait pouvoir s’en détacher (plus facile à dire qu'à faire, croyez-moi !). A être gentil-le avec tout le monde c’est pas de la gentillesse qu’on reçoit en retour, c’est du mépris. D’ailleurs si quelqu’un a décortiqué le processus qui fait que plus tu donnes plus tu t’en prends dans la tronche, je serais bien contente qu’il m’explique.

Et puis il y a la perle rare. Celle qui te prend comme tu es et avec qui t’es toujours sur la même longueur d’onde. Elle t’aime. Elle ne le dit pas forcément mais elle t'aime. Ça n’empêche pas les disputes parfois, mais c’est pas des disputes de méchanceté, c'est des disputes d'amour.

Dieu soit loué, on a tous au moins une perle précieuse dans notre vie (sinon on n’aurait plus qu’à aller se jeter dans une flaque, pas vrai ??). Ce qui est bête c’est que c'est rarement la personne qu’on aurait souhaité – par exemple pour moi, ce n’est pas "l’homme de ma vie".

Mais c’est mieux que rien, non ?

Et vous, quelle pierre précieuse avez-vous ?

25 juillet 2012

Avenir

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(mon fils) Qu'est-ce qu'il faut faire pour devenir curé ?

(moi) Tu veux être curé toi ?

(mon fils) Ben ça doit être bien d'avoir un ami pour patron !! Dieu nous aime tous, non ???

18 juillet 2012

C'était en avril

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Aujourd’hui est un jour particulier pour moi, puisque c’est l’anniversaire de naissance d’une de mes cousines qui était aussi ma filleule. Nous avions suffisamment d’années d’écart pour que j’ai pu tenir au dessus des fonts baptismaux le bébé tendre qu’elle était. Devenue jeune fille, il ne fallait surtout pas qu’elle prenne du poids : elle était malade du cœur. Elle a donc vécu sa courte vie à la vitesse grand V, ponctuée de séjours réguliers à l’hôpital. Quand elle n’y était pas, elle se faisait une cuirasse de petits bonheurs, sucrant sa vie de son regard de miel. On ne lui voyait jamais la souffrance, car elle souriait beaucoup.

Quand elle s’est mariée, elle était tellement belle, toute de blanc vêtue. C’est à cette époque que j’avais commencé à lui raconter notre histoire familiale. Le coup de foudre de nos arrière-grands-parents suisses l’avait tellement émue qu’elle aurait rêvé d’appeler sa fille Valentine, comme notre aïeule, si seulement elle avait pu porter des enfants.

Une nuit, la vie l’a dépouillée de son sourire. C’était en avril, le jour de sa fête.

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