L'union furtive
Imaginez un monde où les femmes seraient "chef de famille". Imaginez un monde où, plus précisément, ce sont les femmes les plus âgées, toutes de velours foncé vêtues, qui seraient les plus puissantes dans la communauté. Le clan se choisirait une matriarche qui s'occuperait de la maison, des champs, des animaux et de la nourriture domestique. Tout passerait par ses mains : les récoltes, les cueillettes, les produits de la pêche et de la chasse, l'argent gagné par les hommes. Oui, dans ce monde, les mères seraient les piliers de la société. Seule leur ascendance serait prise en compte, la transmission du nom et des biens seraient exclusivement féminine.
Cela commencerait à treize ans, après un rite d’initiation qui donnerait aux filles, avec leur âme réincarnée ainsi qu’un nouveau nom, la possibilité d’être considérées comme membres à part entière du clan. Elles entreraient en possession de la clef de leur chambre. Leurs amoureux les y retrouveraient discrètement le soir, les quitteraient à l'aube pour retourner chez leur mère car ce ne serait pas à eux d’élever les enfants issus de leurs amours. Les filles pratiqueraient donc l'union furtive et ne s’attacheraient pas aux hommes ! du reste, l’amant trop insistant serait chassé ! Les liaisons se noueraient et se dénoueraient sans contraintes sociales, sans mariage et naturellement sans infidélité, puisque ce système exclurait si radicalement la possession que la jalousie en deviendrait honteuse. Les femmes expliqueraient en riant que les hommes dans la journée doivent se reposer pour être plus vaillants dans leur lit la nuit durant. Elles aimeraient ce mode de vie car elles ne vivraient avec leur compagnon que des moments d'amour et de sentiments partagés sans que les questions pratiques ne s'immiscent dans la relation. Les aspects matériels, les questions de propriété, les aspects de l'éducation des enfants, tous les sujets dont débattent nécessairement les couples qui vivent ensemble, n'auraient aucune importance.
Eh bien voyez-vous, ce monde existe : non loin du Tibet, la tribu des Mossos perpétue, depuis 1500 ans, cette tradition singulière.. pas de relations amoureuses "cadrées", pas de mariages arrangés ou forcés (en fait, pas de mariage du tout !), pas d’attente particulière, comme celle typiquement occidentale que l'autre doit tout combler en nous. Un homme se languit d’une femme ? il va la voir et puis voilà. Il est même recommandé qu’il ait plusieurs compagnes (toujours dans le but de ne pas s’attacher), et les femmes elles aussi choisissent leurs amoureux, les filles les plus belles peuvent en avoir jusqu’à trois cent ! ça fait rêver !!
D’où la réflexion que je me fais : nos désirs, nos attentes par rapport à l’autre, les sentiments que nous éprouvons (jalousie, possessivité) ne seraient-ils pas entièrement conditionnés par notre environnement ??
