Merci d'être là
C’est bizarre en ce moment je me sens beaucoup dans les émotions nostalgiques. Bon OK on approche de Pâques (ma mère est morte le jour de Pâques 2007) et je n’ai pas compris tout de suite, en tout cas pas les premières années, qu’une certaine forme de tristesse revenait systématiquement à cette période. D’abord mon corps ressent, ensuite ma tête comprend. Et encore, pas toujours ..
Mais en ce moment, il y a quelque chose de plus, comme si j’étais en deuil de tout. De tout ! Eh oui. Carrément. Modération ça te dit quelque chose comme mot ?
Heu. Non.
J’ai réfléchi à tout ce que j’admire dans la vie, mes modèles en quelque sorte. On a tous (eu) des modèles dans la vie, non ?
Mon modèle, mon Amérique à moi, mon idéal, c’était ma marraine. Une "femme de tête" comme on disait dans ma famille. Une femme qui porte tout sur ses épaules, qui s'occupe de tout le monde, à commencer par ses parents pour qui elle avait fait construire un petit chalet sur son terrain. En fait elle dirigeait tout, même son époux (évidemment ce n'était qu'une apparence).
Oui, je l’ai admirée du plus profond de mon âme, ma marraine était mon idole, je me rappelle les conversations sans fin que nous avions sur tous les sujets, je m’en rappelle une en particulier, c’est quand nous étions partis tous ensemble en vacances en Grèce, j’avais 14 ans et déjà mon projet de partir loin (cap Nord ou Inde, mais non, là encore ce n’est pas les deux extrêmes !) oui donc je repense à cette longue conversation avec ma marraine sur fond de Pirée, la nuit qui tombait doucement sur la mer Égée – oui parce qu’autant ma maman ne lâchait pas un mot, autant sa sœur parlait longuement et de tout avec tous. Pour ce qui était de communiquer avec les enfants à qui elle parlait comme à des personnes elle avait une sacrée avance sur son temps je crois.
Mais bon, revenons à nos moutons. Or donc voilà, j’ai réfléchi à toutes ces qualités que j’admire chez les autres, en particulier chez les femmes. Des qualités qu’entre parenthèses, je n’ai pas forcément. Mais j'ai fait comme si. Parce que c’est ça le truc. Je ne sais pas si vous avez remarqué, souvent on se met la pression pour certaines choses en se disant que ce doit être comme ceci et comme cela, et quand je dis qu’on se met la pression je pourrais même dire qu’on se pourrit carrément l’existence à vouloir être d’une certaine façon même si ça nous épuise, que des tas de signaux essaient de vous prévenir que bon, ya pas mort d’homme comme dit ma sœur, mais on se sent obligé de le faire quand même parce que pour nous c’est ça qui est admirable. Voilà.
Eh bien non. Des fois ça peut être admirable de déléguer. Je viens de le comprendre. Et ça ne fait pas de vous une mauvaise personne pour autant.
Alors j’ai téléphoné à mon ex. Le même qui il y a vingt-six ans m’a déchirée en petits morceaux comme une vulgaire feuille de papier et que je croyais jamais, au grand jamais de ma vie que je reprendrai contact avec lui un jour.
Donc j’ai appelé mon ex, je l’ai appelé au secours. Je lui ai demandé quelque chose, lui l’homme le moins fiable du monde, et il a satisfait ma demande, me permettant ainsi pour la première fois de notre vie à tous les deux que je puisse lui dire merci.
Merci d’être là. Enfin.

































