Pléonasme
Il paraît qu’on recherche inconsciemment notre père dans l’homme avec qui l'on vit.
Mon père, si je devais choisir un seul qualificatif pour le définir, ce serait : froid. Il ne l'était pourtant pas (c'était une façade) mais malheureusement je ne m’en suis rendu compte qu’après sa mort. D’ailleurs, pour tout vous dire, quand mon père est mort j’ai ressenti une douleur incommensurable, chose à laquelle je ne m’attendais pas du tout ! je fais partie des personnes qui ne retrouvent pas leurs morts devant une tombe, et pourtant quand mon père est mort j’avais sans arrêt le besoin d’y aller, mais dès que je quittais le cimetière je me sentais comme perforée, c’était horrible ce qu’il me manquait ! je le cherchais partout, vous savez un peu comme un chien qui n’a plus son maître mais qui ne comprend pas où il est passé parce que personne ne peut lui expliquer, eh bien voilà je ressentais ça, quelque chose d'intuitif, de viscéral, alors je retournais devant la tombe, je savais que c’était là qu’il était alors j’y allais, mais je ne le trouvais pas, nulle part, et je repartais en larmes avec le même gouffre intersidéral au niveau du plexus que ce que j’avais en arrivant.
Mais bref, comme d’habitude j’ai fait une digression.
Mon père, disais-je. Heureusement qu’il avait son piano pour s’exprimer, même s’il démolissait les touches quand il était en colère .. heureusement aussi qu’il savait siffler, il sifflait beaucoup, il sifflait d’ailleurs très juste. Parce que mon père parlait très peu. Et puis d’ailleurs, il ne parlait pas, il "aboyait", comme disait ma mère. Il n’ouvrait la bouche que pour gu.. râler.
Est-ce pour ça que je n’ai aimé que des râleurs ?
A moins que ..
Si je vous dis, Messieurs, que vous passez votre temps à critiquer tout ce qui bouge avec force grossièretés, les autres conducteurs, les collègues au boulot, les hommes politiques, et bien sûr votre sujet préféré, la femme qui vit à vos côtés, vous reconnaissez-vous ? si je vous dis, Mesdames, qu’ils ne sont jamais contents, vous abreuvent de mélopées incessantes là où on préfèrerait ne serait-ce qu’un compliment, qu'ils font toute une histoire parce qu’on a oublié d’éteindre la lumière avant de quitter une pièce (ou autre drame du genre), qu'ils ne voient que ce qui aurait dû être fait plutôt que ce qui l’a été, ça vous dit quelque chose ?
Si homme et râleur était un pléonasme ?
